J’ai testé la téléconsultation

J’ai testé la téléconsultation.

Grande émotion cet après-midi puisque j’avais ma première réunion en Visio avec mon médecin traitant grâce à une plate-forme de téléconsultation bien connue sur la place.

Cette consultation était prise dans l’objectif premier du renouvellement d’une ordonnance dans le cadre d’une maladie d’affection de longue durée. Somme toute, rendez-vous médical parfait pour une téléconsultation. La distanciation ne change rien à la relation et économise du temps et de l’argent à toute le monde.

J’ai été très heureux de voir que mon médecin traitant, alors que je suis confiné, permettait la téléconsultation à des horaires qui me convenait tout à fait. Confiné à domicile je n’allais pas faire le difficile.

Lui, le connaissant réticent à cela, avait du être convaincu par les récentes mise à diposition gratuites de plateforme par certains prestataires[1].

Il m’avait été demandé préalablement, lors de la prise du rendez-vous, de donner mon empreinte de carte bancaire qui a été débitée afin de régler le médecin.

Ceci m’avait un peu surpris car je ne fais jamais l’avance des frais auprès de mon médecin traitant puisqu’il me suit dans le cadre d’une ALD[2] et donc je bénéficie du tiers payant généralisé. Mais cette option ne m’a pas été posée lors de la prise du rendez-vous, ce qui est même dommage d’ailleurs pour le médecin puisqu’il bénéficie d’une tarification complémentaire pour mon suivi[3]

Quelques minutes avant la téléconsultation, j’ai reçu tous les rappels de l’agenda et tout ceci me convenait assez bien. j’avais pu televerser un compte rendu que je jugeais utile. Juste avant, mais juste avant seulement, il devient possible de vérifier que la caméra fonctionne et le micro aussi… Et le réseau

 Il m’a été demandé de faire un test de connexion : c’est à partir de là où les choses se sont un peu compliquées puisque l’ordinateur, enfin le logiciel, a considéré que ma connexion n’était pas suffisamment bonne ni stable pour honorer le rendez-vous.

Entre abattement et agacement, j’ai commencé par me dire que mon opérateur de téléphonie qui m’assure pour un abonnement au prix maximum fournissait (comme d’habitude) un débit moins rapide que le télégraphe de Chappe.

Après un partage de connexion sur mon téléphone portable – opération qui n’était pas gagnée non plus – j’ai réussi à revenir sans trop couper la session… dans la partie.

J’ai alors été mis en « salle d’attente » pour reprendre l’expression consacrée et j’ai pu apprécier pour une fois la propreté et décoration de la salle d’attente, la qualité des ouvrages qui était à ma disposition et me suis dis avec un grand soulagement qu’ils ne contenaient pas d’autres miasmes que les miens.

Ayant beaucoup vanté les mérites de la téléconsultation et en en ayant beaucoup entendu parler je m’attendais à avoir un rendez-vous à l’heure. J’ai attendu un peu avant de voir un visage apparaître sur l’écran.

Ce n’était pas mon médecin, et celui-ci ne s’est pas présenté. Le mur du fond n’était pas non plus celui du cabinet de mon médecin traitant.

Ce n’était finalement pas mon médecin traitant

Ne l’ayant jamais vu je lui ai demandé s’il avait mon dossier médical ; il n’avait aucune information sur moi en dehors de mon numéro de portable et de mon e-mail. (et accessoirement n’avait pas pris connaissance du document televersé.. compte rendu post opératoire, ce n’est pas anodin tout de même)

J’ai été contraint de lui expliquer avec mes mots la pathologie dont je souffrais et la liste des médicaments que je prenais…j’ai dû lui rappeler ou plutôt lui apprendre mon dossier/historique médical. Malheureusement mes raccourcis ne sont pas forcément ceux qu’il aurait voulu (bien qu’il n’ait rien exprimé).

Je lui ai expliqué que je voulais un renouvellement de mon ordonnance mais qu’un spécialiste que j’avais consulté « recommandait à mon médecin généraliste de modifier légèrement une prescription en passant d’un médicament à un autre plus adapté » selon lui à celui que j’avais depuis 12 ans.

Le médecin, cet inconnu, m’a répondu que c’était plutôt aux spécialistes de modifier la prescription et qu’il se contenterait de maintenir ce qui était prévu. Renvoi de balles pénible alors que l’on martèle que LE médecin qui coordonne est le médecin traitant.

Il s’en est suivi un dialogue de sourds compte tenu de la qualité de la connexion pour expliquer que je prenais un médicament un comprimé et un quart un jour sur deux (bref quadri-sécable).inaudible..

J’ai du abandonner la demande d’attestation nécessaire pour un dossier ni des conseils sur les médicaments actuels qu’il apparait imprudent de prendre dans le contexte actuel.

J’ai reçu un mail avec la prescription habituelle et donc ce n’est pas encore pour cette fois-ci que je changerais de médicaments .

J’ai reçu de la plate-forme en téléchargement une note d’honoraires qui ne mentionne évidemment ni l’adresse ni le numéro RPPS de mon médecin traitant. J’aurais pu faire moi-même cette ordonnance avec un traitement de texte en open source.

25 euros. 7 minutes d’incompréhension mutuelle entre deux inconnus.

Pour rien finalement. En cette période troublée, j’aurais pu demander à la pharmacienne de prolonger mon ordonnance périmée en faisant état de l’ALD.

Si l’idée de la téléconsultation est une bonne chose, il est cependant très désagréable de se trouver en face d’un parfait inconnu alors que l’on prend rendez-vous avec son médecin traitant.

Il est très désagréable aussi de ne pas avoir un interlocuteur qui connaît un minimum le patient et ses particularités…mais je reconnais que j’ai un médecin traitant (tous n’en n’ont pas) et que du coup j’ai pris de très mauvaises habitudes puisque nous formons un vieux couple depuis et 12 ou 14 ans

Il est aussi dommage de se sentir frustré

Comme à chaque rendez-vous avec un médecin il est aussi dommage de se sentir frustré de ne pas avoir plus évoqué et tout ce qui était l’objet du rendez-vous.

Il m’apparaît surtout indispensable que tous professionnels de santé qui s’engagent dans une démarche de téléconsultations puissent et doivent consulter le dossier médical du patient ou un abstract suffisant pour ne pas faire n’importe quoi et même rectifier ce que lui dit le patient : J’aurais pu dicter une ordonnance avec des doses doubles que je les aurais eu. Ou pire..demander n’importe quoi .

On en revient à l’accès à un dossier médical personnel : que ce soit dans le cadre d’une hospitalisation en urgence, d’une consultation en déplacement ou dans le cadre d’une téléconsultation, cela semble pas seulement nécessaire mais un pré-requis.  Tant pour la sécurité de patient, du médecin qui doit prendre des décisions non exemptes de conséquences…

Enfin, Je me demande bien si le document que j’ai à imprimer sera pris en compte par la sécurité sociale pour être remboursé. Le téléconsultation n’est donc pas gratuite contrairement à ce que l’on dit. Elle m’a même couté.


[1] A noter que cela concerne les prestataires privés qui ont communiqué sur le sujet. La téléconsultation est aussi possible par des plateformes mises à disposition par les GRADES (Ex GCS ) Groupement régionaux d’appui au développement de l’e-santé

[2] Affection Longue Durée. Ce n’est pas tellement un secret médical….1 personne sur 8 en France « bénéficie » de cette qualification

[3] ROSP Rémunération sur objectifs de santé publique

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