Les actes de télémédecine gratuits : démarche éthique ou une pratique commerciale de plus ?

On apprend par un communiqué de presse que le leader français de la téléconsultation (la “Licorne” française), Doctolib, a annoncé jeudi mettre « à disposition gratuitement » son service « pour tous les médecins» du pays pendant la durée de l’épidémie de coronavirus.

La société en effet indique dans son communiqué avoir reçu ces derniers jours « des centaines de demandes de médecins pour commencer à utiliser la consultation vidéo », mais aussi des « syndicats de médecins libéraux pour en développer l’usage en réponse à la progression du virus ».

Doctolib offre donc « à tous les médecins de France d’utiliser la consultation vidéo gratuitement ».

Pour permettre aux médecins de téléconsulter mettre la main à la poche, l’entreprise « financera intégralement les coûts d’équipement, de formation et de gestion de ce service ».

Il apparait que son concurrent CompuGroup Medical, éditeur allemand de logiciels médicaux, a également proposé jeudi « la mise à disposition gratuite » de sa « solution de téléconsultation » pour « tous les médecins, en France comme en Europe » pendant « toute la durée de la crise ».

Si cette initiative paraît dans un premier temps louable elle pose néanmoins un certain nombre de questions.

  • À partir de quand peut-on déterminer que l’ “épidémie” sera terminée puisque nous ne sommes pas encore officiellement à ce jour au stade d’une épidémie. La société Allemande parle elle de “crise” ce qui est plus vaste (et aussi imprécis)
  • Si le recours à la télémédecine s’avère être une très bonne chose pour avancer la cause de la télémédecine dans les pratiques entre les médecins et patients, rien ne permet aujourd’hui de déterminer les consultations gratuites qui relèvent de la suspicion de Coronavirus de celles qui relèvent de toute autre pathologie. et donc cela s’apparente à un coup de communication
  • Enfin Il convient bien d’insister que la gratuité s’applique aux médecins. les patients continueront d’avancer les frais (25 euros – le G- pour un généraliste) avant de se faire rembourser par la Sécurité sociale et leur complémentaire santé, sauf si le médecin leur propose le tiers payant. Ceci est de plus la théorie car les conditions d’application de la télémédecine sont définies à l’avenant 6 de la convention médicale… qui sont assez strictes encore pour permettre ou non la prise en charge par l’Assurance Maladie. Attention donc aux retours de baton

L’idée est louable… le recours à la téléconsultation s’avère évidemment très important, très utile, encore plus dans le cas de problèmes sanitaires du style que nous rencontrons en ce moment avec un fort risque de contagion. Tous les actes de « télé » y trouvent bien évidemment leur sens.

Est-ce plus un coup de com qu’autre chose. C’est une question. Et elle vaut pour ces deux sociétés…

Pour promouvoir la télémédicine ET éviter les déplacements à risques, il eu sans doute mieux valu que l’Assurance Maladie à titre dérogatoire annonce rembourser les actes de télémédicine établis pendant une période donnée (renouvelable) sans forcement la condition de présentiel antérieur et dans la limite une à deux par semaines par patient..

GD

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